Mes lectures, la musique que j'aime, principalement...Quelques trucs sexy aussi (pas vrai, mais ça booste la visibilité du blog! ) ;-)
Extrait:
« J'ai attendu que la voiture de police ait disparu, et je me suis installé devant la fenêtre du premier étage. J'ai pris les jumelles Zeiss et je les ai promenées, lentement, sur la maison de madame Seyerling.
D'abord, je n'ai rien vu du tout. Juste la moisissure verte du système de vision nocturne. Et puis, j'ai constaté qu'une fenêtre était restée ouverte. En affinant la mise au point, j'ai distingué une masse claire qui était un lit défait et, se détachant sur cette clarté, une silhouette noire, allongée sur le flanc, une jambe légèrement remontée. Acette distance, et dans la brume glauque à quoi se résumait l'image, je n'aurais pas su dire si madame Seyerling était nue ou habillée. Ma première impression a été qu'elle ne dormait pas. A hauteur de son visage, il y avait en effet deux points légèrement plus clairs que les draps du lit. Ils s'éteignaient, se rallumaient. C'étaient les yeux de madame Seyerling. Elle baissait parfois ses paupières, provoquant alors l'extinction des points de clarté. Quand elle avait les yeux ouverts, elle regardait dans ma direction. Mais sans me voir, sans même pouvoir deviner ma présence: la pièce d'où je l'observais était plongée dans la même obscurité profonde que celle où elle était allongée. Et madame Seyerling ne disposait pas de Zeiss à vision nocturne. »
Antoine Dessangles a posé son stylo: c'est fini, il n'écrira plus. Mais personne ne le sait. Surtout pas sa femme et son éditeur auxquels il continue de jouer, non sans une certaine allégresse, la comédie du romancier.
Pour l'écrivain repenti, seuls comptent désormais les héros de la vraie vie: la jeune fille amoureuse, le boxeur de Valenciennes, l'hôtesse de l'air, le plagiste de Biarritz. Antoine les repère, les suit, entre en clandestinité pour observer ce qu'ils deviennent après la rupture, après le combat, après que l'avion s'est posé et que la plage s'est vidée en glissant dans l'arrière-saison.
C'est ce qu'il appelle collectionner les après.
Jusqu'au jour où il part pour New-York afin de s'offrir ce qu'il croit devoir être le chef d'oeuvre de sa collection, le plus poignant de tous les après: la douleur de madame Seyerling, une Noire dont la fille a été condamnée pour meurtre et exécutée.
Dans un New York encore inviolé, Antoine pénètre comme par effraction dans la vie de cette mère d'une force et d'une fragilité mystérieuses. Une vie qui cache un étonnant secret dont la découverte va faire passer l'écrivain voyeur du rôle de témoin intrigué à celui de l'acteur bouleversé.
Après Abraham de Brooklyn et John l' Enfer, Didier Decoin retourne à New York pour traquer la vérité de nos existences. Mais les tragédies de l'Histoire sont, elles aussi, du voyage.
Si vous ne voulez pas connaître la fin de l'histoire, n'allez pas plus loin. Je vous dirai simplement que ce livre vaut le détour, et que je vous le recommande chaudement. Pour les autres...
J'ai adoré l'histoire de cette femme originaire du sud des Etats Unis, serveuse d'un bar d'aérodrome, dont on se demande ce qu'elle peut bien faire à New-York, louant une maison bien au-dessus de ses moyens.
On serait tenté de penser que c'est simplement pour fuir son histoire douloureuse, tenter de construire une nouvelle vie sur de nouvelles bases.
Et puis on découvre qu'elle a fait ce voyage pour tenter de remporter le premier prix d'un concours organisé par un supermarché local. Concours dont le 1er prix est un voyage à Londres tous frais payés. Pour remporter ce concours, elle doit tout simplement acheter un maximum d'articles dans ce supermarché, en espérant que la chance lui permettra de trouver le produit comportant le signe gagnant,
Mais pourquoi vouloir à tout prix partir à Londres? Tout simplement parce qu'un pilote ayant fréquenté sa cafétéria lui a confié un jour qu'il existait aux alentours de cette ville un jardin d'une telle beauté qu'il lui a permis de retrouver la paix intérieure rien qu'en le visitant. Et s'il est une chose dont Mme Seyerling a besoin, c'est bien de retrouver la paix intérieure.
Bien-sûr, elle ne trouvera jamais l'article gagnant. Mais Antoine finira par lui offrir le voyage, lui faisant croire qu'elle a remporté le concours.
Un livre vraiment très agréable à lire, et qui comporte une galerie de personnages secondaires très intéressants, notamment l'agente immobilière qui loue sa maison à Antoine, et ce capitaine de la police new-yorkaise un peu suffisant.
Note: 9/10