Mes lectures, la musique que j'aime, principalement...Quelques trucs sexy aussi (pas vrai, mais ça booste la visibilité du blog! ) ;-)
Le début:
« Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants,j'assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l'école de Gabriel, notre fils aîné. Il avait cinq ans, l'âge d'Antoine Romand. Nous sommes allés ensuite déjeuner chez mes parents et Romand chez les siens, qu'il a tués après le repas ».
4ème de couverture:
« Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Je suis entré en relation avec lui, j’ai assisté à son procès. J’ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d’imposture et d’absence. D’imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu’il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d’autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m’a touché de si près et touche, je crois, chacun d’entre nous. »
Auteur de plusieurs romans très réussis, déclinaisons du quotidien qui dérape, Emmanuel Carrère réussit avec ce livre un pari au départ extrêmement scabreux. En effet, il fallait une bonne dose de courage pour oser traiter d'un fait divers aussi dramatique que celui connu maintenant sous le nom d' « affaire Roman ».
A la une des journaux, début 93 : après avoir tué sa femme et ses deux enfants, Jean-Claude Romand se rend chez ses parents pour les tuer. Rentré chez lui, il met le feu à sa maison et avale des cachets. Il se réveille à l’hôpital. Le motif de cette tuerie invraisemblable est très vite révélé par l’enquête : Jean-Claude Romand a pendant 18 ans escroqué ses proches pour faire vivre sa famille qui le croyait brillant médecin de l’OMS (d'abord ses parents, puis son beau-père, sa belle-mère après le décès dans des circonstances suspectes de ce dernier, et enfin sa maîtresse). Début 93, étant à court d'argent, son mensonge était sur le point d’être découvert. Il a donc préféré éliminer physiquement les personnes auxquelles il aurait dû rendre des comptes. Seule sa maîtresse échappera miraculeusement à la mort après qu'il ait tenté de l'éliminer mais se soit ressaisi à la dernière minute.
Emmanuel Carrère ne fait pas que relater les faits. Lui qui a suivi l'intégralité du procès cherche plutôt à comprendre pourquoi cet homme en est arrivé à commettre ce geste, quel était son quotidien durant toutes ses années pendant lesquelles il a réussi à duper ses proches. En effet, aux yeux de tous, Jean-Claude Romand est un homme normal. Bon père et bon époux, il a des amis et un travail intéressant. Aux yeux de chacun, il mène une vie exemplaire. Le mensonge entre pourtant très tôt dans son histoire: il ne passera jamais les examens de sa deuxième année de médecine, mais continuera à s'inscrire chaque année à l'université comme si ses études suivaient un cours normal.
Pour tenter de comprendre, l''auteur a donc écrit à Romand, en prison, afin de lui demander s'il était intéressé à collaborer à son livre. Il a reçu une réponse positive deux ans plus tard. La réussite du livre tient, à mon avis, dans le fait que l’auteur ne cherche ni à enfoncer Jean-Claude Romand ni à le plaindre. Il essaie juste de comprendre en quoi cette histoire le touche.